Désorbonnée

Coordinations nationales






CPE : appel de la coordination nationale de Rennes du 18 février 2006

Nous, étudiants délégués d’une trentaine d’universités mobilisées et en grève réunies en coordination nationale à Rennes 2 le samedi 18 février, sommes déterminés à poursuivre jusqu’au bout le combat pour le retrait pur et simple du CPE. Loin d’être une attaque isolée, le CPE fait suite à une longue série de contre réformes mise en place par le gouvernement qui n’a eu de cesse de détruire un par un nos acquis sociaux (retraites, assurance maladie...), de développer la précarité, de s’attaquer aux services publics et de dévaloriser nos diplômes (LMD, Pacte pour la recherche, loi Fillon sur l’école...).

Mais le CPE constitue une attaque sans précédent car il fait de la jeunesse une main-d’œuvre corvéable et jetable à merci. Jetable, car à tout moment, le jeune salarié pourra se faire licencier quasiment sans indemnité et quasiment sans préavis et surtout sans que l’employeur ait à justifier le motif de licenciement. Corvéable car le jeune salarié ne pourra plus défendre ses droits les plus élémentaires (paiement des heures supplémentaires, congés maladie, droit de grève) mais sera soumis au diktat de son employeur. Il constitue donc une précarisation inacceptable de nos conditions de travail et un cadeau fiscal fait au patronat en les exonérant des cotisations sociales qui permettent la redistribution et le partage des richesses.

Les conditions de vie, de travail et d’études se dégradent de plus en plus. Face à cette dégradation, qui a conduit à la révolte des banlieues de novembre dernier, le gouvernement a répondu par une véritable provocation, la loi dite « pour l’égalité des chances ». Celle-ci vise à rendre plus violente l’entrée des jeunes dans le marché du travail (apprentissage dès 14 ans, travail de nuit dès 15 ans, CPE...) et à rendre docile la jeunesse (renforcement des pouvoirs des polices municipales, suppression des allocations familiales et stages dans la police et l’armée pour les jeunes trop « turbulents »).

Le CPE fait suite à la mise en place par décret du CNE en août dernier. Villepin a promis la remise en cause prochaine du CDI, avant juin. Il est contenu dans cette loi pour laquelle le gouvernement a tout d’abord décrété l’urgence, puis utilisé le 49-3, niant ainsi tout débat démocratique pour tenter de museler une nouvelle fois la jeunesse de ce pays en passant en force par crainte des mobilisations des jeunes et des salariés.

C’est pourquoi nous réaffirmons notre détermination sans faille à continuer la lutte jusqu’au retrait pur et simple du CPE.

Nous appelons ainsi toutes les universités et lycées à se mettre en grève.

Nous réclamons donc :
_ le retrait de la loi sur l’égalité des chances, dont le CPE fait partie (apprentissage à 14 ans, travail de nuit dès 15 ans...),
_ le retrait du CNE,
_ un plan pluriannuel de création de postes à la hauteur des besoins dans l’éducation nationale.

Le mouvement doit se construire avec tous : salariés, étudiants, lycéens. C’est pourquoi nous soutenons l’appel pour la journée du 7 mars. Nous mettons tout en œuvre pour développer un mouvement d’ensemble, massif, seul à même de faire reculer le gouvernement.

D’ici le 7 mars, nous relayons l’appel au 23 février lancé par l’assemblée générale de Rennes, pour laquelle nous appelons l’ensemble de la jeunesse à se mettre en grève et à manifester. De même, nous appelons à la mobilisation le 28 février afin de rythmer la mobilisation et demandons aux salariés et aux organisations de jeunesse de relayer cette date.

La prochaine coordination nationale se tiendra à Toulouse Rangueil samedi 25 février.





Appel de la coordination nationale de Toulouse du samedi 25 février 2006


Nous, étudiants délégués de trente universités mobilisées, dont douze en grève avec blocages, réunies en coordination nationale à Toulouse Rangueil samedi 25 février 2006, déclarons notre détermination à continuer la mobilisation jusqu’à la satisfaction de nos revendications.

La mobilisation prend de l’ampleur, en particulier dans les universités, où les grèves sont plus nombreuses que la semaine dernière, malgré les vacances. Les assemblées générales massives sont de plus en plus nombreuses , signe d’une mobilisation qui a le soutien de la grande majorité des jeunes, qu’ils soient etudiants, lycéens ou travailleurs. Cette deuxième coordination nationale, nous permet de mesurer le chemin parcouru, les positions que nous gagnons et vise à construire un mouvement d’ampleur suffisante pour faire reculer tant le gouvernement que le patronat.

Le Contrat Première Embauche, véritable alignement du gouvernement sur les exigences du patronat, est une attaque déterminante contre les jeunes et en particulier les jeunes déjà les plus précarisés. Avec cette attaque, on veut empêcher les jeunes d’avoir des droits, des emplois stables et des conditions de travail décentes, et le patronat de casser le code du travail. Le gouvernement veut nous rendre licenciables à tout moment et corvéables à merci, car on peut être mis à la porte sans motif si on est malade ou si on dit « non » à son employeur. Mais c’est plus largement notre avenir et celui des droits collectifs sur le marché du travail qui est en cause.

On connaissait déjà les CDD, les temps partiels imposés, la suppression du statut de MI-SE, etc. Le Contrat Nouvelle Embauche et le futur Contrat de Travail Unique voulu par Villepin sont une volonté de généraliser la précarité, de casser les droits de l’ensemble des travailleurs. Dans le même temps, notamment dans la « loi pour l’égalité des chances », le gouvernement généralise les cadeaux financiers au patronat, en trouvant mille et une façons pour qu’il ne paye pas les cotisations sociales.

Ces attaques vont de pair avec d’autres dans le domaine scolaire. La réforme Fillon sur l’école renforce « l’inégalité des chances », en ne donnant pas le même enseignement à tous les jeunes. Le LMD casse les diplômes nationaux, qui était notre première garantie sur le marché du travail. Le Pacte pour la recherche va contribuer à creuser les inégalités entre universités riches et universités pauvres, va renforcer les formations courtes, va donner, a court terme, un droit de regard au patronat local. C’est pourquoi nous exigeons leur retrait.

La « loi sur l’égalité des chances » contribue à réduire les diplômes auxquels peuvent aspirer les jeunes : l’apprentissage dès 14 ans fait partie de ces mesures, en expulsant des jeunes de l’enseignement.

Pour faire passer ces mesures, et pour rendre docile la jeunesse, le gouvernement multiplie la répression contre les mouvements sociaux, notamment pendant le mouvement lycéen et contre les jeunes des quartiers en novembre 2005. Il réprime déjà la mobilisation contre le CPE, par des arrestations et une répression administrative contre des lycéens. La « loi sur l’égalité des chances » constitue une réelle provocation, avec le renforcement du pouvoir des polices municipales, la suppression des allocations familiales et le développement des stages dans la police et l’armée pour les jeunes trop « turbulents ». Le gouvernement veut faire taire les jeunes, leur apprendre à ne pas se révolter.

En mettant en place le Contrat Première Embauche, le gouvernement a déclenché un mouvement de contestation dans la jeunesse. La « loi sur l’égalité des chances » est un concentré des attaques que nous subissons depuis des années. En utilisant l’article 49-3, le gouvernement a montré aux yeux de tous son refus de toute discussion : seule la mobilisation, la construction d’un rapport de force le feront céder.

C’est la grève qui nous permettra de le faire reculer et de défendre nos droits à la contestation en tant que travailleurs et en tant que futurs travailleurs. Notre objectif doit être la mise en place de la grève reconductible et l’extension des blocages dans un maximum de lycées et d’universités. C’est la seule méthode qui permette que tous participent à la mobilisation, sans être sanctionnés. Nous appelons les tavailleurs à se mobiliser, à s’organiser et à nous rejoindre pour défendre leurs droits.

Nous exigeons :
_ un emploi stable pour tous, retrait de tous les contrats précaires :
_ le retrait de la Loi sur l’égalité des chances, dont le CPE fait partie (apprentissage à 14 ans, travail de nuit dès 15 ans...),
_ Le retrait du CNE ;

_ le réengagement financier de l’État dans le Service Public pour une Université Publique :
_ un plan pluriannuel de créations de postes à la hauteur des besoins dans l’Éducation nationale,
_ le retrait de la loi Fillon,
_ la reconnaissance de nos diplômes ;

_ l’arrêt du traitement répressif des mouvements sociaux, amnistie des lycéens qui ont participé au mouvement contre la loi Fillon, des personnes poursuivies suite à la révolte des quartiers populaires en novembre 2005, des étudiants et des lycéens qui ont participé au mouvement contre le CPE.

C’est tous ensemble que nous gagnerons : étudiants, lycéens, salariés. Nous appelons donc les travailleurs, notamment ceux en lutte et les plus précaires d’entre eux (chômeurs, sans-papiers, intermittents...) à s’engager dans le combat contre le CPE et la précarité. Le mardi 7 mars est une date de mobilisation fondamentale pour construire cette lutte commune, nous espérons que c’est une première date qui en appellera d’autres rapidement.

D’ici le 7 mars, nous appelons à la mobilisation et au blocage l’ensemble de la jeunesse pour le 28 février, et appelons les salariés et leurs organisations à relayer cette date. Nous appelons également à une journée d’action le 2 mars, partout en France, pour montrer notre détermination, étendre et renforcer la mobilisation.

Pour que le 07/03 soit non seulement une réussite mais aussi, et surtout, le tremplin pour une mobilisation plus large et unitaire avec les travailleurs, nous appelons les étudiants et lycéens à une grève reconductible à partir du 7 partout où les forces le permettent. C’est le meilleur moyen d’entrainer les travailleurs dans la lutte : la continuer nous-même et leur donner envie de nous rejoindre. En outre, pour élargir la mobilisation même là où la grève reconductible ne pourra se réaliser, nous appelons d’ores et déjà, à une journée nationale d’action le jeudi 9 mars. Nous pouvons donc déjà, non seulement appeler au 07/03 mais aussi présenter cette date non comme une date butoir mais comme un tournant d’une mobilisation appelée à se prolonger !

La prochaine coordination nationale se tiendra à Jussieu le samedi 4 mars, selon les mêmes modalités que celle de Toulouse.





Coordination nationale étudiante – Paris, samedi 4 mars 2006
Journées d’actions ou grève générale avec perspective de manifestation centrale à Paris ?

Le mouvement de grève avec piquets de grève continue de s’étendre dans les universités, et promet de monter en puissance mardi 7 mars avec le retour de vacances des universités les plus mobilisées (Rennes, Toulouse). Plusieurs universités (Paris 8, Dijon ...) préparent leurs premiers piquets de grève pour mardi 7 mars. D’ors et déjà, le mouvement est déjà plus puissant que le mouvement pour l’abrogation du LMD de 2003.

Dès lors, la coordination nationale de Jussieu était cruciale pour dresser des perspectives fortes permettant de nous mener à la victoire. L’appel de Tolbiac (voté aux AG de mercredi 1 mars et de vendredi 3 mars) offrait ces perspectives en :
_ appelant tous les étudiants à se mettre en grève avec piquets de grève jusqu’au retrait du CPE/CNE
_ appelant les confédérations syndicales à appeler à la grève à partir du 7 mars jusqu’au retrait du CPE/CNE
_ appelant à l’organisation d’une manifestation centrale à Paris (et non à une énième journée d’action), après le 7 mars, pour faire céder le gouvernement s’il n’avait pas cédé d’ici là

Malheureusement, ce ne sont pas les perspectives qui ressortent de cette coordination. Ce qui est mis en avant est l’appel à de nouvelles journées d’action jeudi 9 mars et mardi 14 mars. Même si la coordination appelle à l’extension de la grève et des blocages, elle appelle à faire de la journée du 9 mars une journée de « blocages » affaiblissant par là même son appel à la grève continue jusqu’à satisfaction.

Les directions de l’UNEF et des JCR défendent depuis le début la stratégie des journées d’action les mardi et jeudi. Elles vont pouvoir s’appuyer sur l’appel de la coordination pour défendre dans les AG la mise en place des piquets de grève uniquement les journées de mobilisation, une stratégie qui ne peut mener qu’à faire durer le mouvement tout en le menant à la défaite.

En outre, la coordination nationale a refusé de décider d’une date de manifestation centrale à Paris, repoussant cette question au week-end prochain, comme si l’heure était à la temporisation et comme si une manifestation centrale pouvait s’organiser en 2-3 jours. Il ne faut surtout pas brusquer les directions des confédérations syndicales, mais les « convaincre » d’y appeler avec nous (le 1er avril ? ?).

De plus, à une voix près (d’après la Tribune de la coordination), la proposition d’appeler les directions des confédérations syndicales à appeler à la grève à partir du 7 mars a été rejetée.

Bref, cette coordination ne constitue en aucun cas un point d’appui pour développer la mobilisation. Les étudiants qui veulent construire la grève ont face à eux des petits appareils qui copient les méthodes des gros appareils qui mènent à la défaite (cf. le mouvement des retraites de 2003). Mais il n’est pas encore dit que ces obstacles empêcheront les étudiants et les travailleurs d’obtenir le retrait du CPE/CNE.

Il est décisif que la grève continue à s’étendre cette semaine dans les universités, et que la prochaine coordination nationale soit enfin une coordination de combat qui mette en place un comité central de grève, élu et révocable, chargé d’appliquer des décisions permettant d’en finir dans les plus brefs délais avec le CPE/CNE.





Communiqué de la Coordination nationale étudiante réunie à Aix en Provence les 25 et 26 mars 2006

« Nous, étudiants délégués de 86 universités et établissements d’enseignement supérieur mobilisés, réunis en coordination nationale à Aix-en-Provence les 25 et 26 mars 2006, réaffirmons notre détermination à rester mobilisés jusqu’à satisfaction de nos revendications. La semaine écoulée a fait la preuve que la jeunesse disposait d’importantes réserves de mobilisations, dans les lycées et les universités. 68 universités sont en grève, la plupart avec des blocages, un millier de lycées sont mobilisés. Ce sont des centaines de milliers de jeunes qui sont mobilisés, tandis que des salariés commencent à nous rejoindre dans la lutte.

La surdité du gouvernement n’a pas réduit notre détermination. Face au front uni de la jeunesse et des salariés, le gouvernement continue sa stratégie de confrontation :

* Il a fait le choix du pourrissement du mouvement et de la provocation policière, espérant que la violence dans les manifestations discréditerait notre mouvement. Plusieurs manifestants sont entre la vie et la mort, des dizaines de procès sont en cours, avec des peines de prison ferme à la clé.

Nous apportons notre soutien à tous les militants blessés et demandons l’amnistie et la levée des poursuites contre les jeunes poursuivis par la justice. Nous appelons les jeunes à s’organiser, à se défendre, contre l’extrême droite, dans les manifestations et dans l’action.

* Il a tenté de casser la mobilisation par la fermeture administrative de lycées et d’universités, il a tenté de diviser la jeunesse en refusant d ’annuler les élections étudiantes au CROUS alors que la plupart des universités sont bloquées. Nous exigeons la réouverture des sites et établissements fermés administrativement et l’annulation de ces élections.

Par ailleurs, le gouvernement souhaite négocier avec les organisations syndicales, tout en refusant le retrait du CPE. Il n’est pas question de négocier, notre mobilisation continuera jusqu’au retrait du CPE, de la loi sur l ’égalité des chances et du Contrat Nouvelle Embauche. Par ailleurs, seuls les porte-parole mandatés, responsables devant la coordination nationale, constituent les représentants légitimes du mouvement

Nous nous félicitons de la réussite des journées d’action des mardi 21 et jeudi 23 mars. La journée de grève interprofessionnelle de mardi 28 va constituer un moment décisif dans notre lutte.
Nous appelons la jeunesse, les salariés et leurs organisations à la grève générale.

Nous ferons tout pour que la journée du 28 mars soit une réussite. Si le gouvernement ne cède pas mardi 28 au soir, nous appelons à ce que les intersyndicales nationales et locales, les assemblées générales interprofessionnelles, les assemblées générales d’entreprises réunissent toutes les conditions pour reconduire la grève. L’objectif est de reconduire la grève dans le maximum de secteurs pour aboutir le 4 avril à un nouveau temps fort, avec des manifestations dans tout le pays, et une grève générale, reconductible, qui bloque tout le pays jusqu’à satisfaction de nos revendications.

Nous demandons aux organisations syndicales de relayer ces appels et de déposer des préavis en conséquences. Dans ce but, des délégations seront envoyées aux sièges nationaux et locaux des organisations syndicales. Nous appelons le jeudi 30 mars à une journée nationale de blocage simultané des principaux axes routiers et ferroviaires.

Le gouvernement sera contraint de réagir à la paralysie du pays par la grève et le blocage.

Pour contribuer à la mobilisation des salariés, nous allons intervenir dans les entreprises par la diffusion de tracts, en prenant contact avec les syndicalistes, en participant à des assemblées générales d ?entreprises, etc.

Nous appelons les salariés à s’approprier le mouvement en posant leurs propres revendications.

Nous proposons également aux organisations syndicales, au même titre que la coordination nationale lycéenne, de co-organiser une grande manifestation centrale à Paris avant les vacances scolaires parisiennes.

Par son autisme, le gouvernement s’est engagé dans une fuite en avant. Ayant engagé sa responsabilité sur la loi sur l’égalité des chances par le biais de l’article 49-3, le gouvernement doit en tirer les conséquences : il devra partir en même temps qu’il retirera son projet.

Notre mouvement, comme toutes les grandes mobilisations sociales, peut inverser le rapport de forces vis-à-vis du gouvernement et du patronat et permettre de gagner de nouveaux droits pour la jeunesse et les salariés.

La prochaine coordination nationale se réunira à Lille samedi 1er avril. »

Aix-en-Provence 26 mars 2006





Coordination nationale étudiante - Poitiers, samedi 11 mars 2006

Le mouvement de grève contre le CPE/CNE et la loi sur l’Egalité des chances gagne en ampleur : plus de 50 universités et établissements d’enseignement supérieur sont en grève. Nous, délégués de plus de 60 établissements, affirmons notre volonté de mener le combat jusqu’à l’entière satisfaction de nos revendications. L’objectif fondamental de notre mouvement est non seulement d’obtenir le retrait du CPE mais également du CNE et de la loi sur « l’Egalité des chances ». La mobilisation ne s’arrêtera pas tant que nous n’aurons pas gagné sur ces points.

Nous voulons en finir avec la précarité et la répression. Nous remettons également en cause la baisse drastique des postes aux concours, la casse de l’éducation et des diplômes (loi Fillon, LMD, Pacte Pour le Recherche,) dont le but est de renforcer la sélection sociale et de casser les droits collectifs des jeunes à leur entrée dans le monde du travail. Nous rejetons notamment le projet de Contrat Unique de Travail. Nous revendiquons un véritable droit à l’avenir pour les jeunes, les salariés.

Le blocage décidé par des AG massives, est une méthode de lutte qui a permis à notre mouvement de devenir massif et de construire un rapport de forces. C’est le meilleur moyen pour que l’ensemble des étudiants puissent participer au mouvement sans être sanctionnés et de conquérir un réel droit de grève. C’est également le meilleur moyen en combinaison avec des manifestations massives d’exercer une pression sur le gouvernement.

Nous refusons de nous incliner face à un gouvernement qui passe en force et qui nie toute démocratie. Nous refusons de nous incliner face à l’usage de la répression qui devient systématique comme à Rennes, Lille, Toulouse, Tours, Paris... Nous exigeons l’arrêt des poursuites engagées dans le cadre de la mobilisation. Et face aux pseudo-consultations démocratiques comme les référendums plébiscitaires sur la reprise des cours nous réaffirmons la légitimité et la souveraineté des AG, seuls lieux où s’engage un réel débat et où tous peuvent s’exprimer et décider en connaissance de cause.

La loi sur « l’Egalité des chances » a beau être passée au Parlement, nous savons qu’il est plus que jamais possible de gagner.
Même dans le camp de la majorité parlementaire, des critiques s’expriment et le doute s’installe suite à l’extension du mouvement. Cela prouve que nous pouvons faire plier le gouvernement.

C’est d’une extension encore plus forte que nous avons besoin maintenant. Les lycéens commencent à rejoindre en masse le mouvement.
Lycéens et étudiants, nous devons entraîner l’ensemble des jeunes dans la bataille dans les universités, les lycées, les entreprises et les quartiers. Mais c’est un mouvement d’ensemble, une grève générale des jeunes et des travailleurs qui est nécessaire pour gagner.

Nous appelons à des journées d’action les 14 et 16 mars. Nous participerons également à la manifestation du 18. La prochaine échéance fondamentale sera le 16 mars : nous appelons les salariés et leurs organisations à manifester et à user de leur arme la plus efficace, la grève. Il est également nécessaire dès maintenant de donner des suites au 16 et au 18, en plaçant la barre plus haut : nous sollicitons les syndicats pour que le 23 mars soit une journée de grève interprofessionnelle et de manifestation centrale à Paris. Toutes ces dates doivent être des points d’appui pour arriver à une grève reconductible totale des universités des lycées et des jeunes travailleurs.

La prochaine coordination se réunira le 19 mars à Dijon et regroupera des représentants des étudiants, lycéens et jeunes travailleurs mobilisés.





Communiqué final de la coordination nationale étudiante et lycéenne de Lille, 1er et 2 avril

Nous, étudiants et lycéens délégués de 114 établissements d’enseignement
supérieur et de nombreux lycées mobilisés, réunis en Coordination Nationale, à Lille, les 1er et 2 avril 2006, réaffirmons notre détermination à construire un mouvement d’ensemble contre la précarité et continuer la grève et le blocage jusqu’au retrait de la Loi sur l’Egalité des Chances (LEC), dont le CPE est un amendement et du CNE. CPE, CNE, contrats seniors, leur volonté c’est d’étendre encore et de légaliser la précarité pour tous en mettant en place le contrat de travail unique.

Chirac prétend avoir écouté nos attentes. C’est un mensonge. Le maintien de la période d’essai d’un an resterait inacceptable car c’est un pas de plus dans ce sens. Quant au licenciement, il ne serait pas plus justifié que pour un CNE : nous aurons seulement le droit d’entendre la « raison », valable ou pas, de rupture du contrat. Merci patron ! Aménagée ou pas, la logique de la LEC subsiste : « travaille pour pas cher et tais-toi ! » Ni aménagements, ni négociations ! Retrait de la LEC, retrait du CNE !

Que Chirac ait promulgué cette loi n’a pas entamé notre détermination, bien au contraire. Les propositions de modifications de Chirac ne prouvent qu’une chose : c’est qu’il craint que notre mouvement ne s’étende encore. Nous allons lui répondre par un mouvement toujours plus fort, toujours plus étendu !
Cette nouvelle provocation, comme toutes les autres, ne fera que convaincre encore plus de salariés, de précaires, de chômeurs, de lycéens et d’étudiants de nous rejoindre dans la lutte. De Robien le sait bien, lui qui a donné l’ordre à la police de débloquer les lycées : il a soudé les profs et les élèves qui ont maintenu leurs piquets de grève, et notre réponse a été de bloquer encore plus de lycées, et même le pays tout entier. Les lycées ont déjà rejoint les universités.

Dans bien des facs et des lycées, profs et IATOSS participent activement à la grève. Les journées du 7 mars, du 18 mars, le succès historique du 28 mars, montrent que des millions de salariés sont disponibles pour lutter, reprennent confiance dans leurs forces, dans leurs possibilités de gagner.
L’autisme du gouvernement et de Chirac sur nos revendications, l’ampleur de la répression qu’il déploie contre le mouvement, et leur volonté de lier leur sort, à plusieurs reprises, au CPE (utilisation de l’article 49.3, promulgation de la loi...) les obligeront à partir en même temps qu’ils retireront leurs attaques. Les journées d’action ne sont utiles que si leur objectif affiché est de construire la grève générale, seul moyen de faire reculer le gouvernement.
C’est pourquoi nous appelons à la grève générale reconductible dès le 4 Avril.

Nous sommes conscients des difficultés pour la construire. Le mouvement étudiant n’est pas parti d’un seul coup : ce sont d’abord les étudiants de Rennes qui ont fait le pari que leur grève ferait tâche d’huile et qui ont bloqué leur université, seuls pendant une semaine. Il en ira de même chez les salariés. Nous allons donc contribuer, avec les secteurs les plus mobilisés du monde du travail, à faire que la date du 4 avril, proposée par la coordination nationale à Aix, retenue par les syndicats comme nouvelle journée de grèves et de manifestations, marque le début d’un mouvement de grèves reconductibles.

Nous nous engageons à soutenir le mouvement des salariés. Nous sommes disponibles pour toute action commune qui aide à construire la grève. Nous souhaitons que partout se tiennent des Assemblées Générales (AG), qui permettent de décider démocratiquement des moyens d’action et des revendications.
Parce que la précarité ce n’est pas seulement le CPE ou le CNE, nous nous engageons à soutenir toutes les revendications qui seront définies par les salariés en lutte, comme l’augmentation des salaires et la requalification en CDI de tous les emplois précaires par exemple.
Nous soutenons les appels des syndicats locaux à la grève reconductible dès le 4 avril et demandons à toutes les organisations de poser des préavis illimités, aussi bien au niveau local que national, et à s’engager réellement dans la construction de la grève générale jusqu’au retrait de la loi dite sur l’Egalité des Chances, le CPE et le CNE.

- Nous appelons à ce que la manifestation de Paris aille vers l’Assemblée nationale. Nous appelons les étudiants et lycéens à rencontrer les équipes syndicales de la ville ou du département pour proposer des actions communes, des AG communes et envisager toutes les possibilités de reconduction après le 4 avril.

- Dès le mercredi 5 avril, nous appelons les étudiants et les lycéens à des journées d’actions dirigées vers les entreprises, en lien avec les salariés et leurs syndicats locaux : diffusions, blocages, occupations des usines et des bureaux. L’objectif est de soutenir les grévistes et de susciter des AG pour étendre le mouvement.

- Jeudi 6 avril, nous appelons à manifester et à bloquer des principaux axes routiers et ferroviaires.

- Vendredi 7 avril, nous appelons à une journée nationale de mobilisation contre la répression, avec en particulier des rassemblements devant les tribunaux.

- Pendant les vacances de Pâques, comme pendant les vacances de février, nous maintiendrons la grève et le blocage actif des universités et lycées.

- Samedi 8 avril, nous appelons les organisations syndicales à co-organiser des manifestations de salariés, chômeurs, précaires, lycéens et étudiants.

- Le mardi 11 avril, nous proposons à tous les grévistes salariés, lycéens et étudiants ainsi qu’à toute la population de manifester simultanément dans toutes les villes de France.
Tous ensemble, par la grève générale reconductible, nous allons gagner !





Appel de la Coordination nationale étudiante samedi 15–dimanche 16 avril à Nancy

La mobilisation a imposé un recul au gouvernement en l'obligeant à remplacer le CPE. Depuis 1995, c'est la 1ère fois qu'une mobilisation permet d'obtenir un tel recul d'un gouvernement, c'est la 1ère fois depuis 2002 que nous faisons céder ce gouvernement qui a tenu face à de nombreuses mobilisations. Après leur mise en minorité dans les urnes le 29 mai 2005, les politiques libérales se voient infliger une défaite par la rue. Cela prouve que la lutte paie. Le gouvernement est affaibli, c'est un point d'appui pour continuer à nous battre afin de gagner sur toutes nos revendications. Après un tel désaveu, Chirac et son gouvernement doit partir !

Mais quoi qu'en disent les médias et les directions syndicales, nous n'avons pas gagné sur l'ensemble de nos revendications. Nous continuons à nous battre, notamment pour le retrait de l'intégralité de la loi sur l'égalité des chances (LEC) du CNE du projet de loi CESEDA (loi Sarkozy II sur « l'immigration choisie », qui doit être votée le 3 mai à l'Assemblée)... D'autant plus que l'article remplaçant le CPE dans la LEC s'accompagne d'une nouvelle série de cadeaux fiscaux aux employeurs. La coordination nationale condamne le contenu et les conclusions des pourparlers engagés entre les dirigeants syndicaux et l'Etat UMP. Ces démarches laissent intactes la LEC et le CNE. De plus, seul le mouvement de lutte est légitime pour signifier la victoire ou la défaite de la lutte. Nous exigeons des directions syndicales qu'elles rompent toute négociation avec le MEDEF et le gouvernement.

Le remplacement du CPE conduit à une certaine confusion : la nécessité de rejeter la LEC, le CNE, la loi CESEDA n'est pas suffisamment prise en compte, tandis que les directions des organisations syndicales et les médias ont focalisé l'attention uniquement sur le CPE. De plus, nous avons également un certain nombre d'autres revendications (abrogation de la loi Fillon, hausse des postes au CAPES) Malgré cette confusion, la répression et le chantage aux examens, la grève et le blocage ont cependant été reconduits dans plusieurs universités et lycées. Les assemblées générales sont toujours massives, les exigences restent fortes, ce qui montre que la jeunesse est déterminée à poursuivre la lutte. Aujourd'hui, nous dénombrons 37 facs mobilisées dont 18 sites universitaires bloqués. Nous appelons à continuer la mobilisation, à maintenir les blocages et à reconnaître leur nécessité.

Le recul du gouvernement sur le CPE a donné confiance à des millions de personnes qui ont pris conscience de leurs propres forces. Les manifestations massives, les grèves et blocages, légitimés par des AG massives, nous ont permis d'obtenir le remplacement du CPE. Continuons dans cette voie !

Par ailleurs nous avons développé des liens concrets avec les salariés : AG communes, interventions envers les entreprises, mais aussi actions communes (blocages économiques, barrages de voies de communication, etc.). C'est l'extension aux salariés qui a fait peur au gouvernement. Nous continuerons le travail d'information sur les politiques actuelles qui précarisent nos vies : en direction les lycéens et les étudiants, par des interventions en TD et en amphis, des débats en assemblée générale, et également envers les salariés, par des diffusions de tracts, des actions en direction des entreprises, toujours dans le but de mobiliser les travailleurs.

Notre lutte a révélé une crise sociale et politique. Il ne s'agit pas d'un accès de fièvre ordinaire, mais d'une manifestation de la crise de tout le système social. La logique capitaliste est mise au ban des accusés. Le capitalisme ne peut donner aucune réforme sociale positive. Bien plus, il est même contraint de démanteler les anciennes conquêtes sociales. Tous les lamentables chefs de la droite et de la gauche gouvernementale mènent avec des nuances de méthode la même politique au service d'un système économique prédateur.

Nous exigeons des garanties sur le déroulement des examens de fin d'année. Nous dénonçons le chantage aux examens et l'accord illégitime entre l'UNEF et la Conférence des Présidents d'Universités pour le report des examens après le rattrapage quasi-intégral des cours. Le calendrier universitaire doit être maintenu quoiqu'il arrive. Ce n'est pas la grève qui dévalorise nos diplômes, c'est la réforme LMD, qu'il faut abroger. Le gouvernement exerce, avec les autorités administratives, une répression sans précédent sur le mouvement. Il y a eu des interventions policières et de vigiles, des fermetures administratives d'universités et de lycées, ainsi que des procès et peines de prison en rafale. Nous demandons l'amnistie et la levée des poursuites contre les participants aux mouvements sociaux (mouvement lycéen de 2005, émeutes de novembre-décembre 2005, mouvement actuel...). Nous appelons à la création d'un comité national contre la répression de ce mouvement social et nous appelons toutes les organisations syndicales, politiques et associatives à y participer.

Nous appelons à une journée de manifestations nationales le 18 avril. Nous appelons à manifester mardi 25 avril en direction des tribunaux, dans le but de protester contre la répression policière. Nous appelons à ce que le 1er Mai soit une grande journée de lutte européenne contre la précarité, en particulier pour le retrait de la LEC, du CNE, du projet de loi CESEDA. Le 2 mai, sera organisé une assemblée générale avec la jeunesse européenne.

La prochaine coordination se tiendra les 22 et 23 avril à Bordeaux III.





Appel de la Coordination Nationale Unitaire Toulouse, le 7 mai 2006

La lutte menée depuis janvier 2006 a permis de rassembler travailleurs, retraités, chômeurs, précaires, étudiants et lycéens dans un mouvement unitaire qui a fait reculer le Gouvernement une première fois sur l’article 8 de la loi sur l’Egalité des Chances (CPE).
Pourtant les souhaits exprimés par ce mouvement vont, depuis le début, bien au-delà de cette loi. Ils s’inscrivent dans une démarche contre la précarité et montrent de profondes aspirations à révolutionner les systèmes qui nous régissent. Les évènements des trois derniers mois ont permis d’établir une base de travail avec les syndicats et les salariés au niveau local et départemental, malgré une entente qui n’a pas toujours été des plus simples ou des plus efficaces selon les régions.
Cependant, la coordination nationale condamne le contenu et les conclusions des pourparlers engagés entre les dirigeants syndicaux et l’Etat UMP, laissant intactes la LEC et le CNE. De plus, seul le mouvement de lutte est légitime pour statuer sur la victoire ou la défaite. Nous exigeons des directions syndicales qu’elles rompent dès maintenant toute négociation avec le MEDEF et le gouvernement.
Fondée sur les larges aspirations émanant des Assemblées Générales locales, la Plate-forme de revendications rassemble, sous une forme structurée, les exigences d’un nombre déjà très important de personnes. Elles concernent à la fois :

l’Economie (retrait du CNE et de tous les contrats précaires, suppression de la réforme UNEDIC et de la loi Fillon 2003 sur les retraites, …)
la Justice (arrêt du traitement répressif des mouvements sociaux, abrogation de la loi Perben II, retrait de la proposition de loi Raoult, …)
la Culture (contre la réforme sur les intermittents, gratuité de l’accès aux espaces culturels)
l’Environnement (arrêt du nucléaire en France, interdiction de la culture d’OGM en plein champ)
l’Education (abrogation du LMD, retrait de la loi Fillon, suppression du pacte pour la recherche, rétablissement du statut des MI/SE, non expulsion des sans-papiers lycéens, , …)
le Social (Retrait du projet de loi Sarkozy sur l’immigration choisie, abrogation de la loi CESEDA et régularisation de tous les sans-papiers, Pour un retour aux politiques sociales de prévention et des moyens pour les travailleurs sociaux, pour un logement pour tous et le refus de toute expulsion, …)
la Politique (démission du Gouvernement, réengagement financier de l'Etat dans le Service Public, dédommagement des élus et des ministres sur la base d’un SMIC amélioré et remboursement des frais sur facture, …)

Notre mouvement subit une répression policière et judiciaire sans précédent, qui à long terme, cherche à empêcher toute révolte de s’exprimer : 5000 arrestations, une centaine de peines de prisons... Face à cette situation, nous exigeons l’amnistie pour l’ensemble des personnes poursuivies dans le cadre de ce mouvement, ainsi que celles poursuivies suite au mouvement lycéen de 2005 et lors de la révolte des quartiers populaires de novembre-décembre derniers.
La Coordination Nationale appelle à signer la pétition exigeant l’amnistie pour l’ensemble des personnes poursuivies dans le cadre de mouvements sociaux.
De plus cette répression s’exerce aussi sur un plan administratif dans les universités et les lycées :
liste noire des étudiants grévistes.
filtrage à l’entrée d’un grand nombre d’universités reniant le libre accès aux bâtiments publics.
exclusion, temporaire ou définitive, de nombreux lycéens de leurs établissements.
modifications et re-modifications des modalités d’examens, très rarement relayées de manière correcte à tous les étudiants.
Nous dénonçons ces pratiques compromettant parfois la bonne tenue des examens et visant surtout à exclure du système éducatif et boursier les étudiants qui se mobilisent. Nous soutenons toute action (pétition nationale, recours administratif, occupation des bâtiments administratifs universitaires, boycott et/ou sabotage des examens) contre ces dispositifs inacceptables et illégaux.
Maintenons cette vigilance vis-à-vis du système éducatif, à l’heure où la Commission Université Entreprise vient de s’ouvrir. Nous rappelons que la Coordination exige la prise en charge par l’Etat des frais occasionnés lors de ce mouvement, ceux-ci étant dus à l’obstination du Gouvernement à ignorer les millions de manifestants descendus dans la rue.

Nous appelons au maintien de tous les comités mis en place lors de ce mouvement, et à participer à toute forme de mobilisation s’inscrivant dans le cadre de notre plate-forme de revendications (Loi sur l’immigration choisie, mouvement des intermittents, …).

Notre lutte a révélé une crise sociale et politique. Il ne s’agit pas d’un accès de fièvre ordinaire, mais d’une manifestation de la crise de tout le système social. La logique capitaliste est mise au ban des accusés. Le capitalisme ne peut donner aucune réforme sociale positive. Bien plus, il est même contraint de démanteler les anciennes conquêtes sociales. Tous les lamentables chefs de la droite et de la gauche gouvernementale mènent avec des nuances de méthode la même politique au service d’un système économique prédateur.

Les médias officiels collaborent au maintien de ce système en pratiquant la désinformation. Ils s’obstinent à passer sous silence nos revendications dans leur ensemble. Pour exemple, en 2004, ils avaient déjà refusé de transmettre l’appel à la commémoration du 60e anniversaire du Conseil National de la Résistance du 15 mars 1944 qui est seulement transmis par les médias alternatifs.
Pour pallier cette carence d’information, nous proposons la création de journaux locaux, émanations des Comités de mobilisation.

L’initiative menée depuis bientôt quatre mois a allumé des foyers de résistance un peu partout en Europe (Angleterre, Espagne, Allemagne, France, Italie, Belgique et Portugal). L’heure est maintenant venue d’inscrire ce mouvement dans une perspective internationale. Nous appelons tous les citoyens européens (et du monde !!) à se réunir dans une convergence des Luttes en répondant présents et nombreux à une mobilisation universitaire européenne et à la grève le 11 mai prochain lancées par nos camarades espagnols.
Une journée nationale d’actions est organisée le 17 mai afin d’alerter la population sur les points relatifs à l’éducation ( proposition de loi sur la protection de l’enfance), la prévention de la délinquance et l’immigration.

La prochaine coordination Nationale Unitaire se déroulera à Montpellier les 20 et 21 mai 2006.

Toutes les assemblées étudiantes, lycéennes, ouvrières et populaires sont invitées à y envoyer des délégations.

La lutte continue, RESISTANCE !!.




Épilogue


Mais où est passé le mouvement réel ?



Compte-rendu politique, critique et subjectif d’un mandaté de la Sorbonne au sujet de la Coordination Nationale Étudiante s’étant tenue à Aix-en-Provence les 25 et 26 mars 2006.

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D’abord, et comme un symptôme, le TGV qui relie Paris à Aix en trois heures. On arrive au milieu du désert : une gare immense, entièrement vitrée, lisse, un temple de la laideur architecturale contemporaine au milieu de la sécheresse. Et l’autoroute qui met la ville à quinze minutes. Le temps et l’espace sont annulés, nous sommes au milieu de nulle part, dans un centre impossible, fruit de la volonté d’effacer ce no man’s land que constitue à présent le centre de la France. Nous sommes l’une des premières délégations à arriver, nous nous faisons enregistrer auprès d’un cocheur de cases, et rédigeons proprement les “motions perspectives” que l’on nous a demandé de porter à la coordination. Elles seront retapées par ordinateur et distribuées pendant les débats. Tout le monde se badgera bientôt : délégué, cafétéria, S.O., organisateur. Voilà tout le monde bien rangé, bien distingué, afin que chacun-e reste à sa place.

Tout le monde est stressé. Il faut que cela se passe mieux que la semaine dernière, à Dijon. Ça rigole quand même un peu, ça chante. À Aix, l’occupation dure depuis trois semaines, et c’est un honneur d’organiser la coord. Il y a évidemment les grandes banderoles de bienvenues, les tas de chaises entassées, les panneaux indicatifs. Tout le monde dort à l’arrache dans les amphis. Le lendemain, ça commence.

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Réveil pénible sur le sol en lino. Plein de délégations sont là dans le hall. Ça grouille de monde, ça discute. Retrouvailles. Comment ça va depuis la dernière coord ? Il y a beaucoup d’habitué-e-s ici. Les mêmes têtes syndicales se retrouvent. Famille infecte, névrotique, dans laquelle se jouent les petites rivalités, les inimitiés. Je n’y comprends rien, ne sais pas ce qui se trame entre les différents groupes trotskards et gauchistes, sur quels points se constituent les ruptures. Le complotisme rôde, la mesquinerie va de bon ton. Ça se moque. Les délégations font encore semblant d’être ensemble. Mais déjà on se rassemble, on se mélange, les rumeurs circulent. Qui tiendra la tribune ? Vous avez vu la charte qu’Aix propose pour la tenue de la coord ? Qui est derrière tout ça ? L’Unef mino, l’Unef majo ? Et la coord, nous dit-on, est un grand espace de débat.

Ça démarre vers midi. Des délégations venant de villes proches se sont fait le plaisir d’arriver en retard. La tribune se présente, elle sera tournante. Grand discours d’inauguration d’un type de l’Union des Etudiants Communistes, beau comme un jeune cadre stalinien des années 80. On rigole. Il sera discuté pendant des heures des modalités de vote, de la question de la “charte d’Aix”. Je ne comprends rien, sauf quand cela pue vraiment l’usurpation. Au bout d’un moment viennent les bilans fac par fac. On a les chiffres en AG et les chiffres en manif ville par ville. Au grand jeu concours, c’est Rennes qui l’emporte. Ensuite, les “cas spéciaux” doivent parler : les facs fermées, les mouvements poursuivis au nom de la liberté d’étudier. On entend finalement très peu parler des centaines d’arrestations qui ont eu lieu, le suivi juridique et le reste. En tant que mandaté de la Sorbonne, je raconte ce qui nous arrive, nous est arrivé pendant la semaine. Avec cette étrange division entre celles et ceux qui ont décidé de s’installer dans le bastion occupé qu’est la fac de Tolbiac, et les autres qui ont préféré se mêler à l’occupation de l’EHESS avec les sans-statut fixe. Je ne m’attarde pas plus que ça. On me siffle derrière que je n’ai que deux minutes d’intervention. D’autres cas particuliers doivent aussi s’exprimer. Une minute de silence sera faite pour l’étudiant mort d’une crise à Strasbourg ; une minute de bruit ensuite pour montrer notre motivation. Résultats de ce soir : 1 pour la tristesse, 1 pour le bruit. Je crois que c’était le bruit qui recevait à domicile.

Pause. Ça reprend. On va aborder la fameuse question des revendications qui seront mises en avant par la coordination. Il y a déjà la désormais sacrée plateforme de Toulouse. Plusieurs heures sont nécessaires pour savoir si on la modifie, si on l’élargit, ce qu’on en fait en somme. Il y a une forte pression dans la salle pour que cela ne soit pas rediscuté. Avec la menace : rappelez-vous ce qu’il s’est passé à Dijon ! Je ne sais pas de quoi il s’agit ; rien entendu à ce sujet à l’AG de la Sorbonne. En même temps, vu que c’est le bordel, vu les coups de force débiles qui ont lieu, j’arrive à m’imaginer ce qui a eu lieu. Les mandaté-e-s, en tout cas, ont plein de revendications votées dans leurs AG. Le grand tableau se couvre de 70 propositions que l’on range dans des cases : mouvement, emploi/précarité, politique, divers. Facile de comprendre que ça bouillonne dans les Assemblées locales.

Après une nouvelle pause surgit une idée mystérieuse : le cahier de doléances. Un grand sac pour mettre toutes ces revendications nouvelles, dans la grande tradition du cause-toujours. On se demande qui a proposé ça. On nous explique : il s’agit d’être crédible, d’avoir un message clair qui puisse réunir tout le monde, les étudiants et les salariés. Nous devons encore massifier le mouvement. Une fois que nous aurons gagné sur la Loi sur l’Egalité des Chances, nous pourrons faire avancer le reste. En attendant, on ne peut présenter ça aux centrales syndicales.

IL FAUT ÊTRE CRÉDIBLE.

Les nouvelles revendications sont refusées au fur et à mesure, car les mandats ne sont pas aussi précis que ça. Pas assez de mandats pour refuser le contrôle renforcé des chômeurs, le RMA, le statut pourri des intermittents, les projets de loi pour la prévention de la délinquance à la crèche, la dernière loi sur l’immigration. Ne Prend Part au Vote, NPPV, NPPV, NPPV. Sera finalement rajouté à la Plateforme sacrée le refus du Contrat de Travail Unique (qui n’existe pas encore), la demande de la démission du gouvernement, un CDI pour tous.

ON RESTE CRÉDIBLE.

Quatre heures du mat. On passe aux perspectives.

Au début est lue la motion de Jussieu. Tou-te-s les trotskystes de la salle se sont mis d’accord dessus. On y fera quelques aménagements mineurs, intégrant la proposition du blocage des voies de circulation. Le texte est moche, mal écrit, plein de la novlangue de la crédibilité et de la massification. Il ne peut susciter aucun engouement, aucun appel d’air. La pensée de la lutte syndicale résumée dans un torchon sans intérêt.

ON RESTE CRÉDIBLE.

Je n’en peux plus, je m’énerve, décide d’aller me coucher. Il est six heures du matin. Les deux autres mandatées restent, dorment à tour de rôle. À dix heures, après vingt-deux heures d’AG, est proposé un bureau national, refusé in extremis. Les vingt porte-parole sont élu-e-s, et affublé-e-s d’un mandat impératif (illes ne peuvent donc en principe exprimer leurs positions personnelles). Une bonne moitié, semble-t-il, viennent de l’UNEF mino (la tendance minoritaire du syndicat) : la coord a donc à sa tête la partie de l’UNEF qui n’a pas prise sur le porte-parole.

Une conférence de presse sera réalisée à l’issue de la mascarade. La “motion Jussieu” est lue avec le peu d’entrain qu’elle mérite devant des journaleux impatients. Les questions posées portent, comme il fallait s’y attendre, sur la violence. Les porte-parole s’en sortent avec la réponse besancenote : la première violence est celle du gourvenement. Quelle répartie.
ON RESTE CRÉDIBLE.

NOUS DEVONS MASSIFIER LE MOUVEMENT.

3
La première chose qui m’a prise, lorsque je suis allé à la coord, a été le sentiment de participer à un vaste délire collectif. Tout ce petit monde badgé qui ronchonne, hurle, lève des cartons, complote dans les couloirs, se marre en plissant des yeux vides quand telle secte gauchiste n’a pas réussi à placer sa motion, sa perspective, son bilan. Ces listes d’inscrit-e-s avec 70 noms de facs, ces tribunard-e-s qui hurlent hystériquement pour appeller au calme ou au respect. Tout ça pour quelques vagues phrases rajoutées à un petit texte et de fumeuses journées d’action où chacun-e selon le désir du coin ira faire des sit-ins sur les places des villes, differ à la sortie des gares ou des usines, fera des manifs de nuit. Vingt-quatre heures d’AG pour presque que dalle, en dehors des divers jeux de pouvoir des organisations. Aucun contenu, aucun discours qui prend aux tripes, une juxtaposition de phrases qui se superposent mais ne se composent pas. Un brouhaha dont le sens doit pouvoir être trouvé dans les divers bureaux politiques.

À quoi aboutit-on finalement ? Un “appel à la grève interprofessionnelle reconductible” (comme la semaine dernière), trois revendications en plus sur la plateforme. Je ne vois pas ce qui a été coordonné. À peine des journées d’action qui de toute façon auraient eu lieu. Pourquoi tout ce temps passé en AG à ce sujet, pour mandater, pour penser des motions, pour proposer des actions si c’est pour aboutir à cela ?
NOUS DEVONS MASSIFIER LE MOUVEMENT.

NOUS DEVONS RESTER CRÉDIBLES.

Il me semble qu’à l’heure actuelle, deux hypothèses sont à l’œuvre, en pratique. Une première est celle qui se montre à la coordination nationale et dans bien des AG. Je la qualifierais de gauchiste-révolutionnaire. Elle s’articule autour du double-motif de la grève générale appellée par les syndicats et l’opinion publique. L’enchaînement des idées est simple. Pour que les syndicats appellent à la grève, il faut démontrer la puissance du mouvement étudiant : faire donc de grosses manifs, multiplier les grèves. Il faut aussi que les syndicats puissent partager nos exigences : avoir donc une plateforme dans laquelle ils puissent facilement se retrouver.

Il faut enfin que la base des syndicats sentent qu’un coup est à jouer : proposer donc à l’opinion publique une image claire du mouvement, le rendre compréhensible au pire des idiots, faire preuve de responsabilité face à la violence ou aux revendications. De là des diffusions massives auprès des salarié-e-s, dans les gares, à la sortie des entreprises, avec un message CRÉDIBLE, pour qu’illes puissent se joindre à nous. De là aussi, conformément à cette volonté, ce qui s’est exprimé à la dernière coord de manière explicite à plusieurs reprises : donner une tête forte à ce mouvement, une “vraie direction”, pour que les syndicats et leurs adhérent-e-s sachent où ça va, pour que les journaleux aient quelqu’un-e de fixe à qui parler.

Cette hypothèse traverse en partie ce mouvement, prend du temps. Beaucoup de diffusions de tracts insipides sont faites en ce sens, bien des discussions sur ce qui est CRÉDIBLE ou non ou ce qui passe dans les media ont lieu dans ce sens. L’hypothèse gauchiste-révolutionnaire de la constitution d’un grand mouvement de masse par le biais de mots d’ordre simple bat son plein. La coordination telle qu’elle se fait aujourd’hui n’en est que le pur produit désastreux.

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La seconde hypothèse, elle, ne se montre pas en coordination, même si elle y laisse ses traces. C’est la suivante : dans la situation présente, la force de notre mouvement est liée à ce qui a lieu dans la rue et les occupations, c’est ce bouillonnement qui fait peur et pourrait bien, par contagion, ouvrir les possibles. Ce bouillonnement est d’abord celui de la parole qui se délie. Nous recommençons à parler de politique, de ce que signifie vivre dans ce monde-ci aujourd’hui. Nous partageons nos révoltes, nos rages, nos refus. Parfois s’élaborent des programmes, plus ou moins farfelus. Cela a même débordé à la coordination, avec ces 70 revendications votées dans les assemblées dont les syndicalistes ne savaient que faire. Pour reprendre le vocabulaire en cours chez eux, la base est largement politisée : nous n’en sommes plus, après plusieurs semaines de contestion, au simple refus du CPE, mais bien, de manière souvent explicite, à un refus du monde qui se déploie aujourd’hui. Les discussions en marge des assemblées, dans les occupations, dans les moments creux du temps de grève laissent émerger des espoirs de changements radicaux. Revient, après une longue absence, l’idée qu’il nous appartient de faire ce monde.

Et, en parallèle, les moyens s’inventent. Des actions symboliques plus ou moins débiles se réalisent, on se débrouille pour trouver de la thune, on récupère sur les marchés, dans les supermarchés pour nourrir l’occupation, on s’équipe pour les affrontements, on apprend à se soigner, à faire attention aux autres, on apprend à s’exprimer publiquement, à construire des trucs. Des solidarités pratiques se nouent, on finit par tenir à la lutte moins pour son prétexte que pour les moments qu’elle laisse vivre, le temps qu’elle voit émerger, les espoirs qui se partagent. Ça bouillonne et ça s’organise. On finit par se dire que l’on peut aussi bien faire des choses sans forcément attendre l’aval épuisant de tou-te-s, que l’on peut aussi parler véritablement en dehors des débats et des AG.

Ce qui se constitue, en ce moment, c’est la puissance du débordement. Les ressorts d’action syndicaux s’épuisent, on perd le goût de la manif plan-plan où même les chansons bien trouvées ne suffisent plus. On perd le goût des slogans mille fois répétés, des tracts mille fois distribués. On perd la curiosité pour les motions, pour les subtilités qui ont amené aux choix de parcours ; les AG apparaissent dans leur vacuité, leur tristesse formaliste. Alors, évidemment, cela dégénère, comme illes disent. La parole se fait plus rêveuse, les actes se font plus déterminés. Les beaux cortèges bien rangés se disloquent, les tracts non-tamponnés se multiplient. Cela démarre vers l’incontrôlable. Voilà où nous en sommes aujourd’hui. Au cœur du conflit entre deux hypothèses qui ont pu cohabiter un moment ensemble, mais qui, à présent, vont s’affronter. La coordination nationale, encore à Aix, s’est voulue fière coordination du mouvement étudiant. Elle n’en représente pourtant que sa face syndicale, bien lisse, bien propre, bien claire, bien CRÉDIBLE. Rien de plus que cela. Elle ne vient que couronner la domination, dans les AG, du principe de l’unification des mots d’ordre et des actions, de la tribune qui note les listes d’inscrit-e-s, de la volonté d’obtenir en se montrant à leur hauteur la grève générale par le biais des syndicats. Le mouvement réel de son côté, est irréaliste, irresponsable, divers, il pense et il déborde. Sa rage est trop forte pour se contenir dans les pauvres slogans tout mous et les manifs en rang. Il ne passe pas bien dans les media, il aime faire la popotte, préparer des actions, se dire qu’il ne fait que commencer et qu’il a le temps. Le mouvement réel s’organise.

Rien ne peut encore vraiment être prévu. Ça s’affronte déjà dans les rues, ça prend une tournure radicalement politique dans certaines AG. On ne sait dans quelle mesure les syndicats et les gauchistes parviendront encore à pourrsuivre leur œuvre d’encamaradement, leur œuvre de censure du caractère politique du mouvement dont ils ont constitué l’étincelle. Émettons une hypothèse : si grève générale ou blocage général il y a, cela arrivera surtout parce que, dans les rues et les occupations, la jeunesse, qu’elle vienne des cités ou du centre des mégalopoles, se sera mise à s’organiser par elle-même, à penser et parler haut et fort à l’écart des mégaphones et des camions sonos.

Le désastre est trop présent pour que ce monde ne commence à se fissurer. Le besoin de révolte est trop grand, trop partagé pour que le mouvement réel n’émerge pas.

Je pense que la Sorbonne devrait cesser de participer à la coordination car sa préparation prend trop de temps, parce que ses résultats sont et seront minimes, parce qu’elle ne sait pas et ne saura jamais refléter la multiplicité de ce qui a lieu en bas, parce que c’est avaliser comme une évidence les logiques de pouvoir délirantes d’organisations syndicales et gauchistes. On m’a dit, sûrement avec raison, que si l’on cessait de faire tout cela en AG, beaucoup de gens s’en iraient. Il est vrai que certain-e-s s’amusent dans ce jeu d’organisations. Mais les autres ?

Quant à moi, et je sais que je ne suis pas seul, je préfère la seconde hypothèse. Car je crois en notre capacité à nous organiser pour les affrontements à venir et en notre capacité à laisser surgir à l’intérieur de ce mouvement des réflexions politiques radicales et des pratiques d’organisation autonomes.

En tout cas, je n’irai plus jamais en TGV pour voir cette pièce de théâtre sordide. L’exil est déjà assez difficile. Pas besoin d’aller voir ces gardiens de troupeau à keffieh s’écharper sur la part de désert qu’ils contrôlent. J’ai définitivement mieux à faire.

Kamo, le 27 mars 2006